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Date de publication
17/02/15

Auteur(s)
Frederic Haesevoets Architecture
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Carte blanche : Frederic Haesevoets - "MIPIM - What Cannes I do ?"

Le Mipim de Cannes est LE salon international de l’immobilier. Oui, mais pour qui ? Pour quel architecte ?
 
Mars 2009, juste auréolé de mes trente ans et fraîchement lauréat d’un projet phare pour l’agence - celui de l’hôtel de Ville de Herstal -, je découvre le salon du Mipim. Un peu orgueilleux, j’ai l’impression d’être face à un monde qui m’échappe complètement… un monde de l’architecture aseptisé et mondialisé. Au bout des trois jours de Salon, je ressors avec un questionnement : « Où suis-je ? ».
 
Au travers de ma formation d’architecte au sein du bureau Odile Decq à Paris entre 2000 et 2005, j’ai abordé le travail dans différents pays et différentes cultures, et participé à diverses échelles de projets - du Musée d’Art Contemporain de la Ville de Rome (MACRo) au réaménagement du Port de Gennevilliers. Mais j’ai également eu l’occasion d’aborder et de côtoyer des architectes, des politiques, des entrepreneurs, des investisseurs, des développeurs, des créateurs de renom.  Et ce, de manière individuelle et avec parcimonie.

Parmi les 18.000 participants du Mipim, la délégation belge est importante. Mais pas de leurre : l’auditoire ne m’attend pas ! Cannes, au delà de la plage, des cocktails et des soirées, c’est un concentré d’acteurs et de décideurs publics et privés, réunis au même endroit, disponibles pour défendre leurs intérêts et les promouvoir. Et c’est en cela que ce salon est unique.

C’est aussi en cela, après quelques années d’expérience du Salon, que l’action de mon rôle d’architecte est similaire. Je ne suis plus présent uniquement pour être un auditeur, mais pour défendre ma profession et me promouvoir. De ce fait, le Mipim a sa place pour tous les architectes travaillant à toutes les échelles, il n’est pas la panacée des agences pharaoniques ou des architectures ‘corporate’. L’architecte défend ses projets, ses idées et ses ambitions.

Un exemple.

C’était en 2011 : architecte installé à Bruxelles, travaillant un peu en région liégeoise, je suis intéressé de voir ce qui se passe dans les autres provinces belges. J’assiste donc à cette conférence sur les différents projets en province namuroise. Un florilège d’hommes politiques présentent les différents projets de développement de leur Ville, dont un attire mon attention. Bourgmestre de la ville d’Andenne, il donne une présentation d’un projet ambitieux de revitalisation du centre de sa ville. Cette présentation est étrangement accompagnée d’une imagerie très réaliste., Je crois naïvement à un projet abouti. Que nenni, le but était d’illustrer son programme.

Un peu effronté (selon Monsieur le Bourgmestre), j’affirme que son ambitieux projet du centre ville tel que présenté est ambigu. Sans hésitation, j’accepte l’invitation du soir-même à développer mes idées à ses oreilles attentives. Certes ambitieux, je pense pouvoir faire mieux. Aujourd’hui, quatre ans plus tard, le projet est en plein essor dans sa première phase, avec de nombreux partenaires, architectes, promoteurs, constructeurs… C’est au total un programme de trois cent logements, de commerces, d’espace public, de bâtiments publics, cité administrative, école, crèche, d’un parking public… C’est sans nul doute ma présence au Mipim à Cannes qui m’a permis de faire partie de cette aventure - à laquelle je ne pensais initialement pas avoir droit - qui s’étend sur une  dizaine d’année.

Les années se suivent mais ne se ressemblent pas. Et le Mipim, ce sont aussi les rencontres les plus insolites.

Le Mipim, c’est du mardi au vendredi matin. Mais, bon vivant comme je suis, j’aime profiter de la région et de ses alentours quelques jours avant et après. Assis confortablement à une terrasse sous le soleil, le vendredi après-midi, en discussion sur l’architecture et le paysage, je constate avec étonnement à ma table voisine, un client parisien accompagné d’amis. L’un d’entre eux me propose le lendemain de l’accompagner à une visite d’un nouveau projet qu’il vient d’acquérir à Cannes… Un peu dubitatif dans un premier temps, je m’y rends et découvre avec stupéfaction que le projet consiste non seulement en la réhabilitation d’un joli duplex, mais également en l’aménagement de 1200 m2 de terrasse le long de la Croisette… Un endroit magique où l’on commence à rêver de relief, de paysage artificiel, de l’Estérel, de bleu Klein local à la végétation luxuriante…

Aujourd’hui cela fait presque dix que l’agence existe : elle a appréhendé quelques-unes des orientations que propose l’architecture et a engagé sa pratique sur la voie de la pluridisciplinarité -  design, l’architecture, projet urbain - et ce, tout en s’efforçant de développer une architecture dynamique et innovante où chaque projet est donc un nouveau défi.

Cela restera le point de vue et l’expérience d’un jeune architecte un peu perdu dans le brouhaha et la profusion de projets plus titanesques les uns que les autres. Car mon Mipim et Cannes c’est cela aussi : c’est le droit de chacun d’être ébloui, de rêver, de croire, d’espérer, d’imaginer, de projeter et de se projeter, de se balader et découvrir, de voyager, d’apprendre et d’écouter, pour au final proposer.

Et ce, quelle que soit la sauce du propos, humilité ou audace, tranquillité ou pugnacité, politesse ou irrévérence, déconstruction ou régularité,…

Au final, nous ne sommes que des architectes avec des convictions, et nous avons cette grande chance et cette opportunité d’avoir une audience et un public dans ce théâtre qu’on appelle le Mipim.

Par Frederic Haesevoets, de Frederic Haesevoets Architecture.

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