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Date de publication
29/11/13

Auteur(s)
Gilles Vanderstocken et Charlotte Lafont-Hugo
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Hong Kong

Hong kong est une ville fascinante pour beaucoup d'architectes et urbanistes qui y voient un exemple de fonctionnements et d'expérimentations des questions urbaines. Hong Kong est souvent associée à un laboratoire où théoriciens post-analysent son processus de métropolisation. L'intensité et l'efficacité de l'occupation de l'espace urbain correspondent au concept de la «ville compacte» (1). La ville compacte connue pour être plus performante en terme de rentabilité économique et écologique redevient un modèle d'urbanisation.

La signature stylistique de la ville est surtout issue de la conjugaison de paramètres économiques et géographiques. À l'origine les rives n'étaient pas très larges et la majeure partie de l'île se résumait à des pentes abruptes et une végétation ultra-dense. Premièrement, Hong Kong était une place stratégique pour le commerce de l'Empire Britannique. Du fait de la profondeur du canal de la péninsule et de la possibilité de connexion avec la Chine continentale, les Britanniques ont installé le port au nord de l'île. Puis, la ville comprimée entre la montagne et l'avancé sur la mer s'est développé linéairement d'Est en Ouest.

Hong Kong, contraint dans un périmètre constructible strictement délimitée (entre la mer et la montagne) ne peut s'étendre que verticalement. Cette contrainte a forgé son apparence. Aux côtes ultra-urbanisées se juxtapose une nature dense. La verticalité n'est pas un phénomène cantonné à un quartier spécifique, mais une caractéristique de l'ensemble du territoire constructible. C'est cela qui rend Hong Kong unique.

À la compacité et l'ultra-densité s'ajoute un caractère tridimensionnel de la ville. Les voiries se superposent et les usages s'additionnent. Lorsque vous êtes à Hong Kong, vous ne pouvez pas comprendre l'espace seulement horizontalement, vous devez l'appréhender également dans sa verticalité. Les façades des bâtiments ne coïncident pas nécessairement avec les activités qu'elles abritent. Figurez-vous un bâtiment comme une rue ou un quartier. Parfois, dans le même niveau se juxtaposent un magasin de disques, un cabinet d'avocat ou une galerie d'art.

Dans un contexte de crise économique et de ravage écologique, la notion de ville compacte à tout son sens mais on peut s'interroger sur la pertinence d'un urbanisme de la performance. Malgré cela, Hong Kong s'avère une ville humaine, voire sur-humaine, comme si l'ultra-densité dynamisait le tissu socio-économique local. Au-delà de cet aspect de Hong Kong comme une ville performante à haute rentabilité, c'est la façon dont les personnes utilisent le territoire qui présente un fort intérêt. La forme de la ville est suffisamment souple pour pouvoir absorber les variations d'usages. La densité et l'espace privé très restreints obligent l'activité domestique à envahir l'espace urbain. La frontière entre espace commun et privé, domestique et public s'équilibre dans un chaos contrôlé. Toute partie d'un bâtiment peut changer de fonction à tout moment. Si l'aspect global de la trame urbaine ne change pas radicalement, des facettes de la ville sont perpétuellement transformées par micro-actions et événements ponctuels. Hong Kong incarne le concept urbanistique de «ville compacte» ainsi que le fantasme d'une ville construite par l'usage. Hong Kong autorise des appropriations chroniques de l'espace. C'est cet aspect imprévisible voire incontrôlable qui fascine et fait sa force.
 
Gilles Vanderstocken - Charlotte Lafont-Hugo

(1) « Compact City » terme inventé par George Dantzig et Thomas L.Saaty in 1973.

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